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À partir d’avant-hierHardware

Une 3dfx Voodoo 2 dans un iMac G3

Cet article, c’est probablement celui qui attendait depuis le plus longtemps dans la liste des trucs à faire. J’ai (enfin) pu trouver une Voodoo 2 pour iMac, la Game Wizard. Une 3dfx ? Dans un iMac ? Oui.

Le brouillon datait de 2015

Un peu de contexte. La Voodoo 2 est la seconde génération de cartes 3dfx pour les PC, et les cartes fonctionnaient (aussi) sur Mac. Pour faire simple, les cartes 3dfx (Voodoo Graphics et Voodoo 2) gèrent la 3D sans l’aide de l’ordinateur : elles n’ont pas de BIOS et prennent la main sur l’affichage. Les premières cartes pour Mac sont même simplement des cartes PC avec des pilotes pour Mac OS. Avec la Voodoo 2 (essentiellement une version plus rapide des Voodoo Graphics), une société propose tout de même une version pour Mac, avec une sortie adaptée, la Game Wizard. J’en ai une, mais elle ne fonctionne pas (un jour, je vais la réparer). Et donc la société à l’origine de cette carte (Micro Conversion) a proposé une carte pour l’iMac G3, le premier. Comment ? En utilisant le connecteur interne, le mezzanine. Il s’agit d’une prise présente physiquement dans les premiers iMac (rev. A et B) qui est essentiellement un connecteur PCI sous une autre forme. Si vous lisez le blog depuis longtemps, vous avez peut-être déjà vu d’autres cartes : j’ai une carte SCSI et une carte TV (qui fait aussi SCSI).

La boîte


La carte

La Voodoo 2 de de Micro Conversions, donc, est un modèle 8 Mo (vu l’architecture de 3dfx, c’est plus exactement du 4 + 2 + 2 Mo) qui s’interface en mezzanine. Comme toutes les 3dfx de l’époque, elle récupère le signal vidéo issu de la carte graphique et s’intercale entre l’écran et la carte d’origine. Dans l’iMac, c’est possible car l’écran de l’iMac est branché en VGA (enfin, en DA15 plus exactement). Un câble interne est relié à la sortie vidéo de la carte mère et la carte 3dfx est reliée à l’écran. Techniquement, il faut un iMac G3 avec un CPU à 233 MHz (révision A ou B), qui possède le port mezzanine. A l’époque, Micro Conversions proposait de modifier certains modèles d’iMac pour installer la carte : les versions colorées (rev. C) à 333 MHz ont les traces du connecteur mais pas le connecteur lui-même. La société installait aussi d’ailleurs un port ADB : les traces sont présentes sur la carte mère, mais la prise n’est pas installée. Ils auraient même pu mettre un lecteur de disquettes… Mon iMac est une révision A (en ATi Rage IIc) mais avec un CPU à 500 MHz, ce qui aide pas mal dans les jeux.


Le connecteur mezzanine


Un peu d’infos

L’installation

L’installation est assez simple quand on a déjà démonté un iMac, mais ça demande un peu de temps. Il faut ouvrir une bonne partie de la machine, retourner la carte mère et installer la carte. La petite nappe va de la carte mère à la carte 3dfx, ensuite la sortie vidéo est branchée sur la 3dfx. Rien de vraiment compliqué et le manuel de l’époque est complet (quand il affiche les images…, ce qui n’est pas le cas sur mon Mac moderne). Une fois que c’est fait, il suffit d’installer les pilotes. Dans l’absolu, on peut utiliser les pilotes générique pour Mac OS, mais on doit grader certains fichiers spécifiques à la Game Wizard. Ce vieux sujet sur les forums de MacGénération explique bien ça (il a plus de 20 ans, et on apprend que la carte valait 130 $ en 2000). La solution la plus simple est celle de ce site, qui propose le nécessaire en téléchargement. Si le sujet vous intéresse, il y a une (longue) vidéo sur YouTube sur l’installation de la carte.

Le câble “VGA”


La carte dans l’iMac


Le câble “VGA”

Et ça donne quoi ? Alors, déjà, ça fonctionne. Il y a quelques limites, notamment sur la définition : le fonctionnement même de l’iMac implique qu’il ne faut pas dépasser le 640 x 480 en 3D (800 x 600 dans certains cas). Ensuite, il faut trouver des jeux qui utilisent les 3dfx, et ce n’est pas si courant sur Mac. J’ai essayé Myth (The Fallen Lord), Tomb Raider (le premier et le 2), Unreal, Quake (le premier et le II) et Star Wars Pod Racer. la compatibilité est un peu limitée (je n’ai pas réussi à faire fonctionner les Quake) mais dans l’ensemble ça fonctionne. Il faut surtout penser à bien utiliser les bonnes extensions et c’est vite bloquant. Il y a aussi quelques jeux qui fonctionnent mal en Rave (l’API d’Apple) parce qu’ils combinent 2D et 3D et que les Voodoo ne font que la 3D. C’est le cas de Nanosaur, que je n’ai même pas essayé. Questions performances, les jeux n’ont pas de benchmark mais c’est une Voodoo 2 avec un G3 à 500 MHz, donc c’est fluide pour l’époque (cf. ce test de Barefeats). Il y a aussi un souci de luminosité, avec des jeux trop sombres, mais il suffit de placer un fichier texte contenant les bonnes valeurs dans un dossier pour régler ça (c’est un souci de gamma, classique avec les 3dfx, même sur PC). J’ai même tenté Quake III qui tourne assez bien compte tenu de la plateforme : pratiquement 30 fps en 640 x 480 si on ne force pas les détails sur les textures (si on passe au maximum, on descend vers 5 fps, les 8 Mo de la carte limitent dans ce cas précis).

Myth (en jeu)


Myth reconnaît la carte (avant de passer dessus)


Mac OS 8.5 ne la voit pas


Tomb Raider voit la carte


Unreal aussi

Enfin, j’ai voulu capturer des images, mais impossible : ma carte d’acquisition ne détecte plus le signal quand l’image passe de la sortie de l’iMac à la carte 3dfx, probablement à cause du changement de définition/fréquence de rafraichissement. j’ai donc filmé un peu l’écran pour montrer le résultat.

Pour conclure, je suis content d’avoir cette carte, et je pense qu’à l’époque, c’était vraiment intéressant pour ceux qui jouaient sur Mac.

3DFX mon cul

Et c’est une excellente démonstration à laquelle nous venons d’assister. 3DFX a été un des pionniers de l’industrie de la carte graphique en proposant, dans le sillage de Matrox, des solutions grand public pour accélérer les calculs d’images en 3D. 


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3DFX a eu un destin d’étoile filante. Celui d’une marque qui est née en 1994, a explosé très rapidement en 1996 avec sa fameuse carte Voodoo 1, connu un firmament impressionnant en étant quasiment le symbole matériel de l’arrivée de la 3D sur PC alors… et qui est tombée dans un oubli relatif au bout de quelques années. Doublé par des concurrents qui employaient d’autres technologies d’affichage au potentiel beaucoup plus fort, 3DFX a fini par se faire racheter en 2000 par Nvidia. Le constructeur l’a absorbé pour récupérer des brevets et a tué la marque en ne faisant plus jamais parler d’elle.

voodoo1

J’ai gardé ma Voodoo 1 dans mon musée perso

Mais, en quelques années, 3DFX a eu le temps d’avoir un effet important sur nombre d’utilisateurs. Sa sortie coïncidant avec les premiers jeux 3D réellement impressionnants sur le marché PC, des titres comme POD par exemple.

POD et 3DFX Voodoo 1 : une grosse claque graphique à l’époque

Ces cartes ont marqué au fer rouge les esprits d’une bonne partie des utilisateurs de l’époque. Ce fût quelque chose de découvrir une troisième dimension sur son écran cathodique. De se rendre compte que le passage de la 2D à la 3D pouvait exister réellement de manière fluide dans le salon d’un particulier. Nous sortions d’une époque où pour avoir simplement un rendu 3D métallique à l’écran en temps réel, il fallait une station de calcul Silicon Graphic totalement inabordable.

voodoo2

J’ai également gardé ma Voodoo 2 d’ailleurs

Et cette marque au fer rouge, cette empreinte sur les esprits des millions de personnes qui ont acheté des cartes 3DFX Voodoo, porte un nom très simple et très rentable : la nostalgie.

C’est de cette nostalgie dont se servent aujourd’hui les personnes derrière des marques comme Thomson ou Polaroid pour vendre un peu n’importe quoi. C’est cette nostalgie qui a poussé une boite lambda à négocier avec Nvidia le rachat de la marque 3DFX. Intellectuellement, la marque vaut toujours beaucoup même si technologiquement elle ne pèse plus rien du tout. Nvidia a donc revendu la marque 3DFX, c’est à dire le droit d’utiliser le nom 3DFX pour vendre des produits. Rien d’autre. Pas de brevets, pas d’accès à des technologies, pas de “jus de cerveau”, uniquement du marketing. 

Pourquoi racheter ce nom ? Parce qu’en le possédant aujourd’hui en 2021, on peut pondre quelques tweets malhabiles, copier coller des illustrations des années 2000 dedans, et faire parler de soi sur toute la planète sans aucun budget supplémentaire. Il suffit de promettre du vent pour que tous les moulins tournent à l’unisson. Certains ont été peu crédules et ont d’emblée flairé le problème. D’autres ont plongé dans la communication de la marque en sachant pertinemment que, quoi qu’il arrive, cela ferait toujours des clics en plus sur un site en pleine période creuse de ce drôle de mois d’Août. Surtout que, dans la foulée, il serait possible de proposer un second billet pour dire que finalement non, c’est pas vraiment le retour de 3DFx. Mais  que l’on parle en bien ou en mal de 3DFX, c’est toujours de la publicité bonne à prendre.

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3DFX reviendrait donc par la petite porte ?

Voilà ce que serait devenu 3DFX, un sticker. Un logo qu’un type, probablement quelqu’un avec un diplôme en marketing mais aucun début d’idée du fonctionnement d’un circuit graphique, va coller sur des produits noname. Un type dans un bureau quelque part qui va commander à une usine à l’autre bout du monde des solutions qu’il fera décorer d’un sticker sentant bon la fin des années 90. En espérant que le gogo de passage poussant son caddie en magasin ou en ligne sera intrigué par cette image surgie dans son présent comme un souvenir forcé.

Des enceintes 5.1, une télé, une tablette, un smartphone, des enceintes Bluetooth, des téléviseurs et une “Voodoo 6 PCI” qui sera probablement une carte graphique Nvidia en OEM avec un logo 3DFX posé dessus, voilà ce que proposera la marque dès cette année. 

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Et, dans le futur, ce ne sera pas plus brillant. 3DFX répartira ses “investissements” entre trois postes : 45% pour les smartphones, TV et autres trucs “smarts”. 45% pour les trucs Bluetooth et autres solutions “hardware”1. Et 10% sur les cartes graphiques.

Ces derniers 10% et la mention de l’arrivée d’une Voodoo 6 PCI ne sont pas à prendre comme des investissements en Recherche et Développement. Acheter des produits noname et poser une étiquette dessus, c’est considéré comme un investissement dans ces produits pour la marque. Et que dire du terme PCI et non pas PCIe ? On dirait que le responsable marketing a copié collé les éléments de communication des années 90 sans les comprendre. Bon, il a également écrit CEC à la place de CES pour parler du fameux Consumer Electronic Show qui a sa place début Janvier de chaque année à Las Vegas quand il n’est pas annulé pour cause de pandémie mondiale.  Ce qui n’est pas non plus un signe encourageant de compétence quand il s’agit de proposer un communiqué de presse censé avoir été lu et validé par toute la chaine de direction de la boite…

Enfin de quelle boite ? 3DFX a déjà disparu !

Le compte @3dfxofficial a été supprimé et les tweets en question ont disparu. Est-ce que tout cela n’aura été qu’une grosse blague potache ? Un coup d’essai pour voir si la marque avait du potentiel ? Est-ce que les proprios du compte et de la marque se sont rendus compte qu’ils étaient vraiment à côté de la plaque et qu’ils ont décidé de tout plaquer pour élever des chèvres ?  On le saura peut être dans quelques jours ou on ne le saura jamais. 

 

Que retenir de ce “3DFX revival” ?

Méfiez vous de la nostalgie. Ce n’est pas la première fois que je vous le dis mais c’est toujours bien de se répéter. Je suis le premier à succomber à cette sangsue venimeuse qu’est la nostalgie matérielle. J’adore les vieilles machines, j’ai bien gardé mes Voodoo ainsi que des dizaines de cartes graphiques depuis le début des années 90. Je vous ai bassiné pendant un an avec des vignettes de bons plans reprenant d’anciens PC Vintage.

Mais en terme d’investissement matériel, se laisser guider par une passion aussi complexe que la nostalgie est toujours dangereux. On a vu ce que donnaient les mini consoles Vintage sorties il y a quelques années par de grands constructeurs. On a vu ce que le propriétaire actuel d’Atari a fait de son ambition d’un retour dans le monde de la console avec la VCS. On voit régulièrement les étiquettes de marques prestigieuses en leur temps venir se coller sur les pires machines noname du marché

Et on se doute sur quoi les étiquettes 3DFX atterriront peut être. Plus le prix d’achat de l’enceinte Bluetooth ou du smartphone noname sera bas et le prix de vente au public sera haut, plus le rachat de la marque 3DFX sera rentable. Les nouveaux propriétaires ne sont pas nostalgiques ou philanthropes. Ils espèrent vraiment faire le maximum de profit en un minimum de temps en déployant le minimum de compétences.

On n’est bien sûr pas à l’abri d’une bonne surprise, d’une super petite enceinte Bluetooth noname dénichée par hasard mais une chose est sûre, ce ne sera pas fabriqué par 3DFX. Et on pourra sans doute trouver le même produit, moins cher, dans sa version noname qu’estampillé par 3DFX ou autre.

Le truc à retenir, donc, c’est de se méfier de ces marques ressurgies du passé, de garder un œil critique sur ces produits et de ne pas se laisser avoir comme un bleu parce qu’un drôle de logo vous masse le cervelet en vous rappelant de bons souvenirs.

3DFX mon cul © MiniMachines.net. 2021.

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